chofetim akadem

Chofetim

pour Akadem 2016

par Michel Bensoussan

http://www.akadem.org/sommaire/paracha/5776/parachat-hachavoua-5776/choftim-contre-pouvoirs-bibliques-23-02-2016-78455_4611.php

 

(2186 mots)

 

1/ le michkan

notre Sidra comporte plus de 40 commandements. mais ce qui la caractérise, c'est la mise en place des institutions politiques, religieuses, juridiques et morales.

on a l'habitude de mémoriser tous ces différentes instances par une acrostiche de leur initiales

car cela forme le mot "Michkan". un sanctuaire.

le m de Michkan est le Melekh, le roi, le pouvoir politique

le Chin, est l'initiale du Chofet, le juge, a la tète du système juridique

le khaf, initiale de "Cohen". le prêtre, au service du temple, et des problèmes individuels

enfin la dernière , le Noun, pour "Navi", le prophète qui est responsable de l'éthique du politique, et de la morale de la société civile toute entière.

ce mot, "Michkan", n'a pas qu'un intérêt  "mnémotechnique" pour se rappeler du Melekh Chofet Cohen et Navi. il renvoie au véritable sanctuaire, le Michkan, construit dans le désert, au centre du campement , autour duquel la vie religieuse et sociale étaient organisées.

ce Michkan du désert n'est pas remplacé par ces quatre institutions , le sanctuaire sera installé en Israël, tout d'abord dans la ville de Shilo,  puis plus tard a Jérusalem, au temple. il n'est pas remplacé , mais, les principes qu'il représente, sont traduits par ces quatre institutions, lors de l'élaboration de la société civile, en terre de Canaan. si nos sages nous renvoient au terme Michkan, sanctuaire, pour designer le roi, le juge, le Cohen et le prophète, c'est peut être pour nous enseigner que le but ultime est de traduire les préceptes rituels ou religieux, le sacré, dans le monde le plus naturel , le monde profane, ou comme on dit en  hébreu le  "Hol". organiser la société autour de ces quatre instances, en respectant les lois qui s'y rapporte, ", n'est pas moins important, n'est pas moins "religieux", au contraire, que de servir le sanctuaire ou le temple.

étudions donc, si vous le voulez bien, quelques caractéristiques de ces quatre institutions. avant de commencer, remarquons qu'elles sont quatre. elles ne sont pas concentrées en un seul pouvoir centralisateur. au contraire, comme les quatre points cardinaux, elles sont presque opposées l'une de l'autre, comme si elle  s'équilibraient.

pendant  deux mille ans, le peuple juif a vécu en exil avec un seul pouvoir, celui du rabbin.. souvent, il devait composer avec  un président de communauté, soutenu ou non par une équipe. mais il est claire, que cela était induit par la situation anormale de l'exil. donc le premier point, est le soucis d'équilibre, la non concentration des pouvoirs et la séparation des pouvoir entre le religieux, le politique,  l'éthique et la justice .

2/ le juge

voyons donc' si vous le voulez bien, la première instance, la justice. le Chofet est le juge. c'est d'ailler le titre de notre Sidra "Chofetim".

 voyons le texte:

דברים פרק טז :(יח)

 שֹׁפְטִים וְשֹׁטְרִים תִּתֶּן לְךָ בְּכָל שְׁעָרֶיךָ אֲשֶׁר יְקֹוָק אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לְךָ לִשְׁבָטֶיךָ וְשָׁפְטוּ אֶת הָעָם מִשְׁפַּט צֶדֶק:

vous nommerez des juges et des policiers, des Choterim, c'est a dire des personnes qui pourront faire appliquer les décisions de justice., dans toutes les villes et ils jugerons le peuple, de manière juste.

ceci est dit a qui? a qui incombe cette  prescription :"et ils jugeront de manière juste"?

a priori' on pense que cela est une recommandation faite aux juges eux même: attention, rendez un jugement juste.

mais non, cette recommandation est faite a ceux qui nomment les juges.

c'est le second et le troisieme versetseux, qui s'adressent aux juges:

(יט) לֹא תַטֶּה מִשְׁפָּט לֹא תַכִּיר פָּנִים וְלֹא תִקַּח שֹׁחַד כִּי הַשֹּׁחַד יְעַוֵּר עֵינֵי חֲכָמִים וִיסַלֵּף דִּבְרֵי צַדִּיקִם:

(כ) צֶדֶק צֶדֶק תִּרְדֹּף לְמַעַן תִּחְיֶה וְיָרַשְׁתָּ אֶת הָאָרֶץ אֲשֶׁר יְקֹוָק אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ: ס

tu ne détourneras pas la justice, tu ne feras pas de différence entre les personnes, tu ne prendras pas de Chohat ,des pot de vin, tu devras poursuivre la justice, afin de mériter d'habiter sur la terre que dieu t'a donné.

la, il est claire que c'est aux juges eux même que la Thorah s'adresse.

mais notre  premier verset, s'adresse a ceux qui nomment les juges.

mais qui sont ils ces gens qui nomment? le texte ne le dit pas. le texte s'adresse en fait  au lecteur de la Thorah, a celui qui la reçoit, a tout un chacun.

cela voudrait dire que la responsabilité de la probité du juge, incombe a tous a chacun. en aucun cas, on ne  pourra être déchargé de la responsabilité en cas de manquement a la justice par les juges.

autrement dit:

si un juge est mauvais, il est en faute et devra donner des compte a dieu. mais les personnes qui l'on nommé' c'est adire' en fin de compte' tous le citoyens, sont aussi responsables. d'abord parce qu'il ont nommer quelqu'un qui n'est pas droit, mais aussi, parce qu'ils continuent a laisser faire!!

il est donc implicitement important de mettre en place une instance qui pourrait, s'il on arrive a des situations extrêmes de violation de la justice par un juge, destituer ce juge. il faut aussi avoir en permanence la conscience, la responsabilité, un regard sur ceux que l'on a mis en place. on ne peut reporter la responsabilité d'une injustice faite, uniquement sur le système.

notre premier verset s'adresse donc a chacun et lui dit qu'il est aussi responsable de la justice rendue!  attention de ne pas nommer des juges corrompus et même après leur nomination, il faut prendre des mesures pour savoir , et agir le cas échéant pour destituer un mauvais juge.

cela est délicat, c'est vrai parce que nous sommes assujettis aux décisions de justice et on ne  doit pas tout remettre en question. mais il y a des limites au pouvoir des juges et chacun doit se sentir responsable des déviations dans ce domaine.

3/ le roi

il en va de même avec le pouvoir politique. le roi, le Melekh, il représente en fait tout pouvoir politique. le texte est encore une fois intéressant a ce sujet:

דברים פרק יז

(יד) כִּי תָבֹא אֶל הָאָרֶץ אֲשֶׁר יְקֹוָק אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ וִירִשְׁתָּהּ וְיָשַׁבְתָּה בָּהּ וְאָמַרְתָּ אָשִׂימָה עָלַי מֶלֶךְ כְּכָל הַגּוֹיִם אֲשֶׁר סְבִיבֹתָי:

(טו) שׂוֹם תָּשִׂים עָלֶיךָ מֶלֶךְ אֲשֶׁר יִבְחַר יְקֹוָק אֱלֹהֶיךָ בּוֹ מִקֶּרֶב אַחֶיךָ תָּשִׂים עָלֶיךָ מֶלֶךְ לֹא תוּכַל לָתֵת עָלֶיךָ אִישׁ נָכְרִי אֲשֶׁר לֹא אָחִיךָ הוּא:

(טז) רַק לֹא יַרְבֶּה לּוֹ סוּסִים וְלֹא יָשִׁיב אֶת הָעָם מִצְרַיְמָה לְמַעַן הַרְבּוֹת סוּס וַיקֹוָק אָמַר לָכֶם לֹא תֹסִפוּן לָשׁוּב בַּדֶּרֶךְ הַזֶּה עוֹד:

(יז) וְלֹא יַרְבֶּה לּוֹ נָשִׁים וְלֹא יָסוּר לְבָבוֹ וְכֶסֶף וְזָהָב לֹא יַרְבֶּה לּוֹ מְאֹד:

lorsque  tu arriveras sur la terre que dieu t'as donné, tu voudras mettre sur toi un roi, comme les autres peuples. hé bien , tu nommera un roi, mais il ne devra pas avoir trop de chevaux, il ne devra pas te ramener en Egypte, il n'aura pas beaucoup de femmes ni trop d'argent. etc..

on le voit, la aussi, la Thorah parle directement aux citoyens.  un roi, pourquoi pas, mais attention aux conséquences. il faut savoir qui nommer . pas un assoiffé de pouvoir , de richesse et dépravé. si non, hé bien il devra rendre des comptes a dieu mais toi aussi tu seras responsable! tu l'a nommé et tu le laisse faire!

lorsque le peuple demandera au prophète Samuel de nommer un roi, Samuel sera contre. pourquoi? surtout a cause des motivations erronées du peuple.il fera endosser au peuple une partie des catastrophes liées a la mauvaise gestion du roi Saül.

il faut donc avoir, la aussi, un système de nomination adéquat et un contre pouvoir qui pourrait dévoiler des méfaits et agir en cas de très graves dépravations.

4/ le prophete

voyons a présent le cas des prophètes

un prophète est sensé parler au nom de dieu. il rappelle a l'ordre le peuple ou les dirigeants eux mêmes. il faudra écouter ses paroles et suivre ses instructions. mais la Thorah pose le problème du faux prophète: voyons le texte:

דברים פרק יג

(ב) כִּי יָקוּם בְּקִרְבְּךָ נָבִיא אוֹ חֹלֵם חֲלוֹם וְנָתַן אֵלֶיךָ אוֹת אוֹ מוֹפֵת:

(ג) וּבָא הָאוֹת וְהַמּוֹפֵת אֲשֶׁר דִּבֶּר אֵלֶיךָ לֵאמֹר נֵלְכָה אַחֲרֵי אֱלֹהִים אֲחֵרִים אֲשֶׁר לֹא יְדַעְתָּם וְנָעָבְדֵם:

(ד) לֹא תִשְׁמַע אֶל דִּבְרֵי הַנָּבִיא הַהוּא אוֹ אֶל חוֹלֵם הַחֲלוֹם הַהוּא כִּי מְנַסֶּה יְקֹוָק אֱלֹהֵיכֶם אֶתְכֶם לָדַעַת הֲיִשְׁכֶם אֹהֲבִים אֶת יְקֹוָק אֱלֹהֵיכֶם בְּכָל לְבַבְכֶם וּבְכָל נַפְשְׁכֶם:

si un prophète, un vrai, celui qui a été déjà reconnu comme un vrai prophète, quelqu'un qui t'a même donné des signes qui ce sont réalisés, il a fait des miracles, hé bien si ce prophète te dit de faire des choses contraire a la loi, qu'il t'incite a l'idolâtrie, ne l'écoute pas. en fait c'est dieu qui te met mets a l'épreuve!!

je pose une simple question: qui définit que ceci ou cela est de l'idolâtrie? quel est ce prophète qui dira suivez moi, faites ceci, car c'est de l'idolâtrie! personne ne dira une chose pareille! au contraire il dira dieu , notre unique dieu, m'a dit qu'il fallait faire ceci, ou cela. tout prophète parlera au nom de dieu et pas au nom d'idoles. ils ne sont pas idiots a ce point.

mais alors qui défini ce qu'est le bon chemin? comment savoir si un prophète dit vrai ou faux. c'est très difficile. surtout qu'il a déjà un passé de vrai prophète pourquoi maintenant' on déciderais que cette parole la, dite au nom de dieu est fausse?

et tout cela est fait par dieu qui veut nous mets a l'épreuve! mais il teste quoi au juste? sa volonté n'est elle pas d' obéir a ce que nous disent les prophètes? he bien  justement ici il nous demande d'avoir un esprit critique vis a vis de la parole de ce même prophète.

hé oui, il faut avoir un esprit critique même envers ceux qui parlent au nom de dieu.

 dieu nous teste: il ne veut pas qu'on suive aveuglement ce que dit le prophète..

 c'est, a mon avis' un des textes les plus important de toute le Thorah.

on nous raconte qu'a l'époque ' il y avait des centaines de prophètes. le tri entre les vrais et les faux ne devait pas être facile.

 aujourd'hui non plus!

en fait un bon prophète nous éclaire, nous aide a voir ,prend du recul .il nous fait poser des bonnes questions. a nous d'y répondre

combien de religions , encore aujourd'hui  parlent au nom de dieu, mènent leurs croyants aux pires exactions? être religieux est souvent définie comme étant  une observance aveugle a des paroles de dieu. hé bien voila que la Thorah elle même nous met en garde contre cet aveuglement.

respecter, observer, se soumettre a la loi, mais rester sur ses gardes.

cela me fait penser a un enseignement du Mei Hachiloah, un grand rabbi hassidik. il dit que la faute d'Adam, n'était pas tant d'avoir manger de l'arbre de la connaissance, mais surtout d'avoir fait reporter la responsabilité de son acte sur sa femme Eve, Eve est décrite par le texte comme étant l'envoyée de dieu . Adam a préféré s'en remettre a cet envoyée de dieu, cette prophétesse, en annulant son esprit critique. la est sa faute!

notre Sidra nous mets aussi en garde contre le "Messit ou Madiah":des personnes charismatiques, qui, même sans parler au nom de dieu ,sans se prendre pour des prophètes, utilisent leur capacité a séduire les foules. ils ne sont pas moins dangereux.

5/ le cohen

le quatrième pouvoir est celui du Cohen. En charge du service au temple, il peut aussi trancher en cas de litige sur l'interprétation de la Thorah. il s'occupe aussi des problèmes intimes, personnels. il représente l'idéal humain et prie le jour de kippour pour le peuple. les Levi, de la même tribu que les Cohen, travaillent aussi au temple .Ils détiennent les textes de la Thorah et l'enseignent. toutes ces prérogatives sont contrebalancées par des devoirs de pureté supplémentaires et le manque de territoire  propre . économiquement, ils sont tributaires, des autres citoyens. la Thorah n'a pas mis en place d'autres limites a leur pouvoir. dommage, peut être , car très nombreux ont étés les grands prêtres qui ont abusé de leur prérogatives  durant l'histoire juive, surtout a l'époque du second temple.

pourtant un détail, a propos des villes de refuges, me parait intéressant a souligner. ce sont des villes dirigées par les Levi qui servent de centre de réinsertion a des personnes qui auraient commis des crimes par inadvertance.

 jusqu'a quand cette personne doit rester dans une ville de refuge?

במדבר פרק לה

(כח) כִּי בְעִיר מִקְלָטוֹ יֵשֵׁב עַד מוֹת הַכֹּהֵן הַגָּדֹל וְאַחֲרֵי מוֹת הַכֹּהֵן הַגָּדֹל יָשׁוּב הָרֹצֵחַ אֶל אֶרֶץ אֲחֻזָּתוֹ:

jusqu'a la mort du grand prêtre! chaque jour qui passe, ce prisonnier attend impatiemment que le grand prêtre, meurt! pourquoi infliger cela au Cohen qui sait qu'on attend sa mort? parce que le grand prêtre doit se sentir responsable  des accidents. il n' a pas assez prié, il n'y a pas eu  assez d'éducation préventive!

dans un autre cas, celui d'un meurtre non élucidé, on ne classe pas l'affaire. au contraire, on fait venir le grand prêtre et les juges depuis Jérusalem a l'endroit ou on a découvert le corps, les sages de la région aussi doivent venir et procéder a un cérémonial. il faut qu'a tous les échelons de la société, on ressente la catastrophe et l'injustice qui n'ont pas été évités.

comme on le voit, il y a des rappelles a l'ordre des haut responsables il ne doivent pas s'enfermer dans une tour d'ivoire ils doivent rendre des comptes ils doivent se sentir responsables.

6 conclusion

pour conclure, nous avons vu que pour chacune des institutions mise en place, la Thorah a le soucis de contrebalancer les pouvoirs et de responsabiliser chaque citoyen a l'égard de la probité des personnes au pouvoir et au bon fonctionnement de ces institutions. mais il ne faut pas se leurrer. les pouvoirs octroyés, aux politiques, aux juges, au Cohen et la confiance faite au prophète, sont immenses.

citons encore notre Sidra:

דברים פרק יז

(ח) כִּי יִפָּלֵא מִמְּךָ דָבָר לַמִּשְׁפָּט בֵּין דָּם לְדָם בֵּין דִּין לְדִין וּבֵין נֶגַע לָנֶגַע דִּבְרֵי רִיבֹת בִּשְׁעָרֶיךָ וְקַמְתָּ וְעָלִיתָ אֶל הַמָּקוֹם אֲשֶׁר יִבְחַר יְקֹוָק אֱלֹהֶיךָ בּוֹ:

(ט) וּבָאתָ אֶל הַכֹּהֲנִים הַלְוִיִּם וְאֶל הַשֹּׁפֵט אֲשֶׁר יִהְיֶה בַּיָּמִים הָהֵם וְדָרַשְׁתָּ וְהִגִּידוּ לְךָ אֵת דְּבַר הַמִּשְׁפָּט:

(י) וְעָשִׂיתָ עַל פִּי הַדָּבָר אֲשֶׁר יַגִּידוּ לְךָ מִן הַמָּקוֹם הַהוּא אֲשֶׁר יִבְחַר יְקֹוָק וְשָׁמַרְתָּ לַעֲשׂוֹת כְּכֹל אֲשֶׁר יוֹרוּךָ:

(יא) עַל פִּי הַתּוֹרָה אֲשֶׁר יוֹרוּךָ וְעַל הַמִּשְׁפָּט אֲשֶׁר יֹאמְרוּ לְךָ תַּעֲשֶׂה לֹא תָסוּר מִן הַדָּבָר אֲשֶׁר יַגִּידוּ לְךָ יָמִין וּשְׂמֹאל:

si tu as un doute concernant la loi, civile ou religieuse, tu t'adresseras au Cohen ou au juges a Jérusalem et tu suivras a la lettre ce qu'ils te diront tu ne dérogeras pas, ni vers la droite ni vers la gauche.

le roi aussi a d'énormes prérogatives.

mais notre étude montre le soucis de la Thorah  de contrebalancer tous ces pouvoirs. la Thorah a un soucis, très moderne, en fait, de créer des contre pouvoirs et de responsabiliser tous les citoyens a leurs droits mais aussi a leurs devoirs.

souvent on cherche dans la Thorah des références a un système politique préconisé. lorsqu'on le fait objectivement, on ne trouve pas d'indications précises. chaque système a ses avantages et ses inconvénients. cela dépend aussi beaucoup des époques, des régions.. mais on peut s'inspirer' par exemple' des lois que nous avons étudiées. il n'y est pas du tout question de dictature, de despotisme, ou même de théocratie. bien au contraire, une grande méfiance envers toute forme de pouvoir nous mets en garde et responsabilise tout un chacun. il n'est pas question non plus de démocratie, au sens grec . mais il me semble que beaucoup des souhaits et des principes de la démocratie pourrait répondre a une partie de ces exigences.

je pense a  l'évolution de nos sociétés modernes, peut être sous l'impulsion sous jacente des enseignements bibliques . je pense a la création de contres pouvoirs, du regard de tous sur les arcans des pouvoirs. la liberté de la presse, la liberté de vote, l'indépendance de la justice, la prolifération des O.N.G. " les organisations non gouvernementales", les systèmes d'informations. il y a une conscience moderne qui rejoint beaucoup, me semble t-il le soucis de la Thorah promulguée il ya bien longtemps, en des temps ou tout cela était bien loin des pratiques et des mœurs de l'époque.

 alors oui, il faut militer si cela est nécessaire pour défendre la liberté d'expression, pour dénoncer la corruption, avoir un regard sur les agissement des pouvoirs, , alerter l'opinion en cas de malversation, soutenir les contres pouvoirs,

 oui je pense que cela aussi est une mitsvah, une commandement de la Thorah.

aucune société, aucun système n'est a l'abri de la corruption et de l'iniquité.

mais il en va de la responsabilité de chacun d'en prendre conscience et de luter contre, en permanence, sans relâche. cela aussi , constitue, a mon avis, une autre façon de servir la volonté de  dieu, comme dans le sanctuaire, a travers le Michkan!

merci

.

l'idolatrie

VAETHANAN

POUR AKADEM

MICHEL BENSOUSSAN 2016

http://www.akadem.org/sommaire/paracha/5776/parachat-hachavoua-5776/vaet-hanan-le-dieu-de-nos-contradictions-09-06-2016-81880_4611.php

  1. une seule parole et pas deux

 

notre Sidra    Vaethanan   se trouve dans le livre de Devarim, le deutéronome.

moise a120 ans.   40 de plus qu'a la sortie d'Egypte. il a appris beaucoup.

 sur lui même    et sur le peuple qu'il dirige.

le peuple aussi a changé .

les défis qui attendent cette nouvelle génération sont différents:

 ils doivent entrer en terre de Canaan et transformer les enseignements théoriques , reçus dans le désert, en mettant en place une structure politique, militaire, agricole. bref, devenir une nation indépendante et responsable. fini le temps des miracles visibles. il n'y aura plus   de man,  ni de nuée protectrice    ni parole permanente de dieu. moise a donc un discours différent.  urgent,

 il doit mourir bientôt.

il revient sur les points les plus importants

/son discours doit sensibiliser la nouvelle génération,  lui parler dans son langage.

 il doit aussi tenir compte des fautes que ce peuple a commises, pour rectifier le tir.

 il doit surtout ébranler son auditoire. il doit éveiller les esprits, pour réactualiser la parole du Sinaï,

 la rendre plus percutante.

c'est un peu la loi orale que moise initie dans ce livre. le style y est différent. les recommandations se succèdent , sans ordre apparent. ca foisonne dans tous les sens. on sent l'urgence et l'importance du propos.

 il y a des reprises, mais toujours sous un angle de vue différent,   plus proche de la réalité humaine. moise est encore plus  proche de son peuple .il s'inquiète pour son avenir et tente de lui donner ses dernières recommandations.

c'est dans ce contexte, que nous trouvons dans notre Sidra , le texte des dix commandements.

 ou plutôt, pour employer le terme de la Thorah, les dix paroles.

ce texte, écrit sur les tables de la loi au mont Sinaï, est écrit deux fois dans la Thorah.

 une première fois, dans la Sidra Ytro, dans le livre de Shemot, cinquante jours  après la sortie d'Egypte.

et une seconde fois, dans notre Sidra.

 les deux textes sont quasi identiques. l'un a été donné avant la faute du veau d'or.

mais moise a alors brisé les tables de la loi sur lesquels il était écrit.

 ensuite, après le grand pardon de dieu ,le jour de kippour,  moise a descendu d'autres tables de la lois, avec un texte légèrement modifié  qui prend en compte les faiblesses du peuple.

en effet, si le peuple, qui venait d'entendre la voix divine et assister au don de la Thorah, a été capable d'adorer un veau en or, c'est qu'il y a la, un grave problème.

 le texte des dix paroles va donc être légèrement modifié pour éclaircir certains points.

c'est ce texte qui se trouve dans notre Sidra Vaethanan  que je vous propose d' étudier .

 je ne m'attarderais que sur quelques points précis et j'espère,  qu'une idée directrice,  pourra ressortir de notre étude.

 je vous en donne tout de suite le thème: c'est l'interdit de l'idolâtrie.

lisons le premier verset :   chapitre 5 verset 6

דברים פרק ה

(ו) אָנֹכִי יְקֹוָק אֱלֹהֶיךָ אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים לֹא יִהְיֶה לְךָ אֱלֹהִים אֲחֵרִים עַל פָּנָי:

je suis l'eternel ton dieu qui t'ai fait sortir d'Egypte tu n'auras pas d'autres dieux sur ma face.

dans ce verset il y a 2 commandements:

le premier= je suis l'eternel ton dieu

et le second=  tu n'auras pas d'autres dieux.

en quoi la phrase "je suis l'eternel ton dieu " est un commandement? c'est plutôt une présentation de celui qui nous parle. il n'y a pas écrit "tu croiras en moi". ca n'a d'ailleurs pas de sens. imaginez  quelqu'un qui  se présente a vous, "bonjour, je voudrais que tu crois en mon existence". ca n'a pas de sens!

mais alors de quoi s'agit il?

je voudrai vous proposer la réponse suivante:

cette phrase: "je suis l'eternel ton dieu" est liée intrinsèquement a ce qui suit: l'interdiction de l'idolâtrie.

ce ne serait donc plus deux paroles distinctes

 "je suis dieu "

 et "tu n'auras pas d'autres dieu",

mais un seul et même sujet. pas deux, mais une seule parole!

 ma proposition   est d'ailleurs en accord avec la manière dont le texte est écrit

en effet, lorsque l'on ouvre un Sefer Thorah, on remarque  tout de suite que ce texte est partagé en dix paragraphes.

 a chaque fin de  paragraphe, le texte laisse un espace blanc ou repart a la ligne .

 comme il y a dix paroles,

 dans un texte écrit  en dix paragraphes ,

 il me semble légitime de proposer que chaque paragraphe corresponde a une parole.

lisons donc tout le premier paragraphe comme une seule et même parole. je suis dieu qui t'ai fait sortir d'Egypte, tu n'auras pas d'autres dieu, tu ne feras pas d'idoles etc.., donc, tout ce paragraphe concerne l'interdit de l'idolâtrie.

  1. l'idolâtrie

mais alors qu'est ce que l'idolâtrie?

  • première hypothèse: on réduit l'interdit de l'idolâtrie au combat contre le paganisme de l'époque . être idolâtre serait, dans cette optique, adorer des petites statuettes et leur attribuer des pouvoirs magiques. cette hypothèse est assez agréable. on se dit que nous n'avons plus rien a voire avec ce genre de pratique " primitives". nous sommes, aujourd'hui  évolués et même si on n'est pas très croyant ou religieux, hé bien ça, au moins, on le   bref nous ne sommes pas des idolâtres.

mais alors, tout ce premier paragraphe devient presque caduque. en quoi il pourrait nous concerner?

  • une seconde lecture, celle par exemple de grands commentateurs comme le Mey Hachiloah, Rabi Yossef Lainer,

 définit l'idolâtrie comme une tentation inhérente a toute pratique religieuse,

 quelle qu'elle soit.

 même après avoir accepté l'existence d'un dieu unique et invisible.

d'ailleurs, rappelons nous que  juste après la révélation au mont Sinaï, les juifs adorent un veau en or!

dans ce cas, cela nous toucherait tous aujourd'hui pas moins qu'a des époques plus anciennes.

reprenons les termes de la Thorah qui définissent  l'idolâtrie:

le mot Pessel par exemple: une sculpture. étymologiquement, cela veut dire éliminer לפסול . effectivement, lorsque l'on sculpte, on élimine de la matière et ainsi, on élimine toutes les possibilités qu'offrent le matériau pour n'en garder qu'une seule.

un autre mot est souvent utilisé aussi: Massekha. masque. le veau d'or est qualifié de Eguel Massekha.

 on parle aussi d'Elohey Massekha לא תעשה לך

שמות פרק לד  (יז) אֱלֹהֵי מַסֵּכָה לֹא תַעֲשֶׂה לָּךְ:

Massekha veut dire masque. il cache le visage. une autre  étymologie nous renvoie au moule dans lequel est versé le métal en fusion.

tant qu'il est liquide, il peut prendre une infinité de formes. mais une fois refroidi, le métal prend une forme figée, définitive. Massekha renvoie a  cette forme refroidie, figée du métal,. le masque aussi représente un visage figé . en hébreu, visage se dit Panim. toujours au pluriel,

mettre un masque sur soi,  ou sur quelqu'un d'autre, c'est éliminer les autres  possibilités que peut offrir un visage vivant, et n'en garder qu'une.

encore un mot employé par la Thorah, celui de Temouna. une image. une représentation. il n'est pas interdit de prendre une photo. ni de dessiner ni de peindre. par contre il est interdit de réduire dieu a une image. éliminer toutes les autres facettes, les infinis possibilités de l'être.

l'idolâtrie c'est donc la réduction de l'être suprême.

quand on dit par exemple :le  "bon dieu".

c'est deja réduire dieu,  a un être bon.

c'est très dangereux. par ce qu'alors on ne comprend plus pourquoi il y a tant de malheurs , de souffrances, de guerres. dans ce cas, on attribuera le mal a un autre dieu, le diable.

 ou alors, on refuse tout simplement  de croire a ce "bon dieu".

en fait dieu est bon , mais il est aussi redoutable, et puissant et incompréhensible, et miséricordieux etc. d'ailleurs, établir  une telle liste est  interdit,

 parce que,   encore une fois,  on le défini,  on le limite.

 en réalité, il est très pratique de se faire une idée de dieu. on le défini comme cela nous arrange. on crée nous même le dieu qui nous convient.

ainsi,  des que l'on parle de dieu, on risque de jouer avec   l'idolâtrie.

le mieux en fait, serait de ne pas en parler, ne pas prononcer son nom.

le Mey Hachiloah illustre cette idée en faisant remarquer que  le premier mot du décalogue, je suis,  anokhi. ne veut pas dire exactement " je suis". ca, ca aurait été Ani. anokhi, avec la lettre khaf au milieu, met tout de suite un bémol. une approximation. la lettre khaf, en hébreu veut dire

"a peu prés" , "cela ressemble a",

 "c'est comme ca  mais c'est pas tout a fait  ca". même lorsque dieu parle: il dit : attention !!

ne croyait pas que c'est tout a fait moi.

mais alors comment l'appréhender?

 hé bien tout d'abord par la négative. ne faite pas de moi :ceci ou cela.

mais surtout, il nous dit: je suis celui qui t'as fait sortir d'Egypte.

  • sans être sorti d'Egypte,

  • sans pouvoir s' affranchir de tout dogme,

  • sans être libre de tout dictat,

  • de toute pensée figée,

………. je ne me serait pas adressé a vous!

 je suis celui qui vous invite  a penser l'infini.

je suis celui qui exige de vous de sortir de la pensée unique. de l'être réduit a une seule dimension. je suis celui qui ouvre votre rapport au monde.

 l'idolâtrie c'est limiter les possibles, éliminer les facettes d'une réalité très complexe. c'est réduire l'autre a ce qui m'arrange qu'il soit.

 

on est donc très loin  d'un interdit caduque. j'ai compté plus de 20 passages dans la Thorah qui mettent en garde contre l'idolâtrie.. le danger de l'idolâtrie est donc inhérent au fait religieux. si la Thorah insiste tellement sur l'interdit de l'idolâtrie au point de lui accorder la première place dans le décalogue, c'est parce qu'il s'agit peut être du message le plus important de tous. le plus exigeant aussi. le plus singulier, le plus original. et il reste d'une actualité brulante.

 pour tous.

 surtout pour ceux qui désirent être religieux.

si être religieux, c'est  le respect aveugle de dogmes figés,

si c'est l'abandon de sa responsabilité,  au service de ceux qui penseront pour nous, a notre place, alors, il me semble que le judaïsme est avant tout un garde fou, antireligieux.

 

on se trouve alors devant un paradoxe: si l'essentiel est que l'homme soit libre de toute idolâtrie, pourquoi dieu s'adresse a lui ,( si cela est si dangereux)?

. si tout service religieux, si même  les commandements peuvent être sources d'idolâtrie, pourquoi la Thorah dicte  tellement de mitsvoth?

on peut se dire. si c'est tellement dangereux, alors soyons athées. au moins on ne risque pas d'être idolâtres.

mais voila que l'homme est naturellement esclave de sa condition humaine.

 il est malheureusement illusoire de chercher la liberté dans l'abandon a un état soit disant naturel, exempt de toute conscience

 ou d'une  quelconque morale.

l'homme est très facilement  esclave.

 c'est pour cela que tout commence par l'expérience de la sortie de l'esclavage.

ca n'est qu'après que l'on peut parler de lois ou de rapport avec le transcendant.

les lois, les mitsvoth, vont exiger de l'homme….. d'être plus attentif au monde qui l'entoure.

 de prendre de la hauteur.

de s'interroger.( de ne pas manger sans se demander ce qu'il mange. comment il le mange. que cela signifie t-il , a chaque repas. la routine' enferme l'homme vers un esclavage sournois et plaisant.)

 les mitsvoth sont des invitations a être plus responsable et a voire les choses différemment.

celui qui dicte ces mitsvoth, dieu, doit rester insaisissable.

 c'est la condition ci -ne-quoi- non pour laisser l'homme face a l'infini,

  • face aux questionnements,

  • face a la recherche permanente de sens.

  • face a son humanité.

est ce que toutes ces précautions sont suffisantes? bien sur que non. l'idolâtrie est une activité assez  rependue, même parmi ceux qui la dénonce. mais c'est un combat incessant.et indispensable. c'est en tout cas, me semble t'il, celui de la Thorah.

  1. 3. le shabbat

la quatrième parole est le respect du shabbat. si dans le premier texte, inscrit sur les premières tables brisées, dans la Sidra Ytro, il est écrit

Zakhor et Yom hachabat,

 souviens toi du chabat ,

 ici, dans notre sidra, il est écrit

shamor et Yom hachabat

 respecte le jour du shabbat.

le premier, Zakhor, décrit le but ultime: se rappeler de chabat .

 savoir vivre le chabat comme un shabbat.

nos sages disent que cela concerne le lois positives du shabbat.

mais en fait il y en a très peu: le kidouch, des bons repas, cesser la course et le travail de la semaine. faire le point. prendre du recul, de la hauteur .

 mais cela est difficile a mettre en place .

c'est comme l'illusion de la liberté dont on a parlé tout a l'heure.

 on a besoin d'un cadre coercitif pour vivre cette liberté.

il a fallu donc ordonner une série d'interdits, pour  arriver a vivre le shabbat comme un shabbat:

 c'est le shamor, les lois négatives, les interdits. ils sont nombreux mais c'est la seule manière 'd'arriver a vivre le chabat ,comme le le Zakhor dans le premier texte, le demandait.

zahor  est le but.

 le shamor, le moyen indispensable pour 'y arriver!

he bien ,nous appliquons les deux !

et on chante dans le lécha Dodi du vendredi soir

שמור וזכור בדיבור אחד

 Zakhor et shamor font partie de la même parole!

autre différence entre les deux versions: la première, celle des premières tables, réfère le shabbat a la création du monde.

le second, dans notre Sidra, a la sortie d'Egypte.

le jour du chabat est l'occasion de faire le point. de ne pas être aliéné au monde de la productivité. c'est lui qui va donner du sens aux autres jours de la semaine. c'était ca l'idée du chabat a la création du monde: donner du sens a la création.

 hé bien la sortie d'Egypte c'est la même chose: sortir de l'aliénation et donner du sens a sa liberté.

c'est pour cela que dans le kidouch du vendredi soir, nous citons les deux versions ensemble:

זכר למעשה בראשית

זכר ליציאת מצרים

shabbat, en référence a la création du monde et en référence a la sortie d'Egypte.

  1. le respect des parents

un mot a propos de la 5ieme parole:

כבד את אביך ואת אמך למען יאריכון ימיך על האדמה..

respecte ton père et ta mère, a fin que tes jours s'allongent sur la terre

kaved, respecte, veut dire aussi sous-pèse.

 le respect des parents, les obligations que nous avons envers eux sont immenses. cela va de soit.

et pourtant, moise, a jugé utile,  de rajouter une petite phrase, par rapport au premier texte du décalogue: il rajoute,

ולמען ייטב לך

 "afin que cela te fasse du bien"

a priori, le respect des parents leur fait du bien, a eux. il peux aussi, secondairement etre plaisant de savoir que l'on fait du bien. mais moise semble ajouter une dimension plus égoïste:

 pour que tu puisses mieux vivre, toi,

sous-pèse le poids de ton père et de ta mère en toi. ce que ton père t'as apporté, ou pas,

 ce que ta mère t'as apporté , ou pas.

 tu est fait, en grande partie de l'apport de ces deux êtres, de ces deux pôles.

le texte ne parle pas de "parents" mais du père et de la mère.

 nous sommes fait de plusieurs composantes.

 il est bon, pour notre bien être de prendre conscience, de  sous-peser la part de chacun de ces composants en nous.

 il faut  respecter les contradictions qui me composent.

 l'amour et la rigueur,.

 le cœur et l'esprit.

le féminin et le masculin.

 il faut  prendre en compte, reconnaitre, sous peser , respecter,  la pluralités de ces composants pour que nos jours s'allongent, qu'ils prennent plus de sens.

5 /le vav

 

je voudrais enfin parler d'une petite lettre, le vav, c'est un bâton vertical tout simple: c'est une conjonction de coordination, placée au début d'un mot, pour dire "et"  e-t.

hé bien dans les cinq dernières paroles,

 il est rajouter a chaque fois.

 tu ne tueras pas et tu ne commettras pas d'adultère et tu ne voleras pas  etc..

 cette petite lettre n'existait pas dans la première version des dix paroles, de la Sidra  ytro.

la bas, il y avait écrit :"tu ne tueras pas. tu ne commettra pas d'adultère.

sans "et" .

 qu'est ce que moise a voulu expliciter ici, qu'on n'avait pas compris la première fois, en rajoutant ce vav?

 imaginons que l'on veuille respecter le commandement de ne pas tuer.

 si on le fait de manière entière, totale , jusqu'au bout. hé bien je ne peux plus tuer.. un ennemi qui vient me tuer.

 je ne peux pas tuer.. un moustique qui me pique.

 je ne peux pas tuer le  יצר הרע ce désir malsain de commettre par exemple..  l'adultère!

 donc, en faisant cela,  je transgresse le commandement qui suit!

 je transgresse le bon sens!

attention. il ya la un danger.

 prendre un commandement,  même un commandement  divin, et ne plus tenir compte de rien d'autre, c'est faux et dangereux.

 il faut savoir a chaque fois, qu'il existe d'autres impératifs, d'autre commandements, et agir en fonction d'une multitude de facteurs. c'est pour cela que moise écrit: tu ne tueras pas et tu ne commettra pas d'adultère et tu ne volera pas. toute la difficulté réside dans ce "et", ce vav, dans la responsabilité de l'homme face a tous les impératifs qui se trouvent devant lui.

si par exemple il écrit qu'il faut "briser les idoles" . et que je ne considère que cette loi,

 que  je veuille l'appliquer totalement, exclusivement.

 alors je rentre avec une hache au musée

 et je détruit tout ce qui s'y trouve!.

ce petit vav' cette conjonction rajouté devant les commandements me dis: tu dois toujours prendre en compte tous les commandements ensemble.

 y compris celui d'avoir du bon sens!

en fait moise s'adresse a la responsabilité de l'homme qui doit faire jouer sa liberté, son intelligence, et prendre en compte ceci mais aussi cela mais aussi cela.

en fait,  l'homme est ce vav,

ce trait vertical,

 debout, pas courbé, pas aveugle, responsable,

qui relie et tient   a bout de bras   ceci et cela. savoir mettre de l'ordre entre les impératifs, redéfinir devant chaque situation  l'ordre des priorités

 et être responsable de cette ordre.

 l'homme est ce vav,

 cette conjonction,  entre les contradictions,

 entre les différentes facettes de la réalité,

 les différentes facettes du dieu un.

 qui sait vivre le shabbat de la sortie d'egypte et a la fois celui de la création du monde.

celui qui respecte et son père et sa mère,

qui respecte les lois, parfois contradictoires,

 qui ne tombe pas dans une vision univoque et restrictive,

 bref un homme      qui combat l'idolâtrie!

merci

 

VEZOT HABERAKHA

LECTURE DE LA THORAH À SOUCCOT

PAR MICHEL BENSOUSSAN

  1. Premier jour de Souccot (09/10/2014)

Nous sortons deux Siphre Torah.

  • Dans le premier Sepher nous lisons, dans le livre de Vayikra (Lévitique), dans la Sidra Emor, le passage « Chor o Khessev » : du verset 26 du chap. 22, au verset 44 du chapitre 23. Cinq personnes montent à la Torah.
    • Première montée: Il est interdit de sacrifier au Temple un animal de moins de 8 jours. De même il est interdit d'abattre, le même jour, un animal et son petit.
    • Deuxième montée: Dieu demande à Moshé d'indiquer au peuple le calendrier de toutes les fêtes. Tous les sept jours, le Shabbat sera férié. Les autres jours fériés, « déclarés saints », commencent par Pessah : le 15 du premier mois (Nissan) sera suivi de 6 autres jours de « mi-fête ». Le lendemain du jour férié, un volume d'environ deux litres (Omer) d'orge est offert au Temple. Cela permettra de consommer la nouvelle récolte.
    • Troisième montée: 49 jours plus tard, c'est la fête de Chavouot. On offrira au Temple deux pains et des sacrifices animaux. Cette fête tombant à l'époque des moissons, on rappelle qu'il faut laisser aux pauvres les épis tombés lors de la récolte ainsi que les coins des champs.
    • Quatrième montée: Le premier jour, le septième mois (appelé aujourd'hui Tichri) est férié ; c'est le jour du « souvenir par la sonnerie » du chofar (ce que nous appelons aujourd'hui « Roch Hachana »). En revanche, le dix de ce même mois sera le jour de Kippour ; il faudra s'affliger (entres autres par le jeûne) et ce sera un jour férié.
    • Cinquième montée : Le quinze de ce septième mois commence la fête de Souccot : le premier et le huitième jour sont fériés. On prendra quatre sortes de végétaux (appelés aujourd'hui « Loulav ») et on habitera des cabanes en souvenir de la sortie d'Égypte.

  • Dans un second Sepher, nous lisons le maphtir : Nombres 29-12 dans la sidra Pinhas. Le 15 du septième mois (premier jour de la fête de Souccot) voici la liste des sacrifices supplémentaires apportés au Temple : 13 bœufs – 2 béliers – 14 agneaux et un bouc.

  1. Deuxième jour de Souccot (mi-fête, vendredi 10/10/14) :

Nous sortons un seul Sepher Torah et nous y lisons la suite du « Maphtir » de la veille, c'est-à-dire la liste des sacrifices apportés au Temple ce jour-là : c'est la même liste, en dehors du fait qu’à la place des 13 bœufs, on n'en sacrifie que douze !!

Ce court passage est relu à chacune des trois montées.

  1. Troisième jour de Souccot : Shabbat « Hol Hamoed » (11/10/2014)

Nous sortons deux Siphré Torah et les deux concernent Souccot (et pas du tout la Sidra de la semaine habituelle).

  • Dans le premier, la lecture se trouve dans la Sidra de « Ki Tissa » (exode 33-12) et elle est partagée en 7 montées.

Moshé implore le pardon de Dieu après la faute du veau d'or. Dieu lui ordonne de remonter sur le mont Sinaï pour recevoir d'autres Tables de la Loi, les premières ayant été brisées. Cette fois c'est Moshé qui doit tailler les deux Tables en pierre et Dieu y inscrira les Dix Paroles. Moshé prononce les treize mots qui définissent les treize attributs de Dieu (ces treize mots sont récités encore aujourd'hui pour implorer le pardon divin chaque jour de la semaine et bien sûr à Kippour). Dieu renouvelle son alliance avec le peuple et rappelle que la condition de l’entrée en terre d'Israël sera l'abolition de toute idolâtrie. Au cours des trois fêtes annuelles : Pessah, Shavouot et Souccot, tout le peuple doit monter au Temple. Enfin il est rappelé l'interdit de faire cuire un jeune animal dans le lait de sa mère (source de l'interdiction de mélanger la viande et les laitages).

  • Dans le second Sepher Torah nous lisons le Maphtir : c'est en fait le passage qui évoque les sacrifices apportés le troisième jour de Souccot.
  1. Quatrième jour de Souccot (dimanche 12/10/2014)

Nous lisons les versets suivants ceux de la veille, c'est-à-dire les sacrifices apportés le quatrième jour de Souccot au Temple. La liste des sacrifices comprend cette fois non plus 13 bœufs (comme le premier jour) ni 12 (comme le second) ni 11, mais 10 !

  1. Ainsi de suite, chaque jour suivant nous lisons le passage relatif aux sacrifices du jour. Le nombre de bœufs sacrifiés diminue. De 13, puis 12, puis 11 nous arrivons le septième jour à 7 bœufs ! Ce qui fait un total de 70 bœufs pendant tous les sept jours (rappelons que 70 est le chiffre biblique de l'ensemble des nations de la terre !).
  2. Septième jour de Souccot : « Hochaana Rabah » (mercredi 15/10/2014)

Ce jour n'est pas férié. Il fait partie des « mi-fêtes ». Cependant, depuis l'époque des « Guéonim » (9ème siècle), ce jour est nommé « Hochaana Rabah » (grande délivrance). La coutume d'étudier toute la nuit (mardi soir) se répand en Israël. On tourne sept fois autour de la Teva avec le Loulav au lieu de tourner une seule fois comme les 6 premiers jours de Souccot. On se sépare, ce jour-là, de la Souccah et du Loulav et l'on prend en mains à la fin de l'office 5 branches de « Aravah » (saule).

  1. Lectures de la Torah lors du Huitième jour de Souccoth (jeudi 16/10/2014)

Ce jour férié est appelé « Chemini Atseret » – « le huitième jour de clôture ». Mais depuis l'époque babylonienne, on y célèbre aussi  la fête de « Simhat Torah » – « La joie de la Torah », puisqu’à la fois nous clôturons la lecture de la Torah et nous recommençons tout de suite à la lire depuis son début. En dehors d'Israël, ces deux fêtes sont célébrées séparément, un jour après l'autre. Mais en Israël, elles le sont simultanément.

Nous sortons trois Siphré Torah :

  • Dans le premier Sepher nous lisons toute la sidra de « Vezot Haberakha ». Cette Sidra ne sera pas relue lors d'un Shabbat. Elle clôture la Torah. Elle détaille les différentes bénédictions que Moshé prononce à chacune des douze tribus. Puis elle relate la mort de Moshé. Une belle (mais longue !) coutume veut que l'on fasse monter à la Torah toutes les personnes présentes et même les tout petits enfants. Le « Hatan Torah » (prince de la Torah) est le dernier à monter et relit toute la Sidra « Vezot haberakha ».
  • Dans un second Sepher Torah, et sans transition, on fait monter le « Hatan Berechit » (fiancé à la Torah, par son début) qui lit le début de la Torah, à savoir l'histoire de la création du monde.
  • Dans le troisième Sepher Torah, on lit le Maphtir:

C'est en fait le passage lié non plus à Simhat Torah mais à la fête de « Chemini Atseret ». Nous lisons la liste des sacrifices apportés au Temple ce jour-là : un seul bœuf (correspondant au peuple d'Israël, alors que les 7 premiers jours les 70 bœufs représentaient les 70 autres nations), puis un bélier, 7 agneaux et un bouc.

HAAZINOU

Un Résumé de la sidra  Haazinou

Par Michel Bensoussan

 

Au cours des six premières montées, Moshé prend à témoin le ciel et la terre pour composer un très beau poème à l'attention d'Israël. Ce sont ses dernières recommandations, sous forme de prophétie assez sombre sur l'avenir du peuple, qui se détournera de la voie de son maître. Trois principes ont donc été mis en place pour maintenir le peuple sur le droit chemin au cours de l'histoire :

  1. le livre de la Torah (et ce poème en particulier) sera lu et étudié en permanence.
  2. Il faudra étudier l'histoire : le passé et l'expérience des anciens sont indispensables.
  3. Il faut saisir les allusions que Dieu adresse au peuple à travers les événements extérieurs, qui les touchent.

La septième montée elle, raconte la mort de Moshé sur le mont Nébo, en face, mais à l'extérieur de la terre de Canaan.

VAYELEKH

Un Résumé de la Sidra "Vayelekh"

Par Michel Bensoussan

Notre Sidra est très courte. Elle est souvent lue le même shabbat que la Sidra précédente (Nitsavim). Mais cette année, elles sont séparées afin que « Vayelekh » soit lue ce shabbat, entre Roch Hachana et Kippour. Ce shabbat est nommé "shabbat-(te)-chouva", du premier mot de la Haftarah "Chouva Israël" – retourne Israël – ce nom fait également référence au processus de Techouva – retour, repentir, comme sont nommés les dix premiers jours de la nouvelle année : les "dix jours de retour".

Moshé "s'en va" (Vayelekh) ! Aux sens propre et figuré ! Il va mourir. Il prodigue ses dernières recommandations au peuple, et à Yehoshouah-Josué qui va assurer sa succession. Moshé met la Torah par écrit.

Première montée : Moshé annonce sa mort, aujourd'hui, le jour de ses 120 ans. Dieu lui ayant interdit d'entrer en terre d'Israël, c'est Josué qui conduira le peuple à la conquête.

Deuxième montée : Il réconforte le peuple : Dieu continuera à les aider dans toutes les guerres à venir.

Troisième montée : Moshé réconforte Josué. C'est lui qui dirigera dorénavant le peuple. Il ne doit pas avoir peur. Dieu sera avec lui. Moché écrit ces paroles et les transmet à la tribu de Levi.

Quatrième montée : Ce texte devra être lu devant toute l'assemblée, une fois tous les sept ans, à Souccot après l'année de Shemita, au Temple, par le dirigeant du peuple. Cela sera la cérémonie du "Hakhel".

Cinquième montée : Dieu convoque Moshé et Josué dans la Tente d'assignation. Il est très probable qu'après la disparition de Moshé, le peuple se détourne de son enseignement. Il est donc important d'écrire et d'enseigner les recommandations faites au peuple. Si ce dernier enfreint les commandements, Dieu pourra "voiler Sa face" et donner l'impression qu'Il se retire de la conduite de Son peuple. Il ne leur restera plus que ces écrits, cette Torah, qui les rattachera à leur projet initial.

Sixième montée : La terre où coulent le lait et le miel pourrait être l'occasion d'oublier Dieu ! Des malheurs frapperont les enfants d’Israël. Ils n'auront que la Torah pour les aider à se souvenir.

Septième montée : Ce texte, écrit par Moshé sera déposé aux côtés des tables de la loi dans le Saint des Saints. En plus du  texte de la Torah, Moshé fait appel aussi aux Cieux et à la terre en témoignage perpétuel.

NITSAVIM

Un Résumé de la Sidra "Nitsavim"

Par Michel Bensoussan

Juste avant l'entrée en terre de Canaan, Moché réunit tout le peuple et conclut une nouvelle alliance avec Dieu. Pourquoi ne pas se contenter de l'alliance déjà conclue au mont Sinaï 39 ans plus tôt ? Parce qu'il s'agit tout d'abord d'une nouvelle génération (la précédente est morte dans le désert) mais surtout aussi parce que le peuple rentre enfin sur sa terre. S'installer en terre d'Israël engage davantage Dieu et Son peuple. On dirait aujourd'hui que l'alliance a été "upgradée" ! Elle englobe et dépasse l'importance de la précédente. Ça n'est plus seulement un engagement d'ordre spirituel comme au Sinaï mais surtout une vie nationale bien ancrée dans le monde matériel. L'entrée en Israël qui dicte cette nouvelle alliance exige la responsabilité de tous. Chacun doit être "Nitsav" : debout, répondant "présent " à l'appel, engagé. C'est à ces "Nitsavim" que Moshé s'adresse.

Première montée : Chacun doit se sentir concerné par la nouvelle alliance, hommes, femmes, enfants, et par tous les statuts sociaux.

Deuxième montée : Dans cette alliance, le peuple s'engage à se soumettre à la volonté de Dieu, et Dieu s'engage à avoir un rapport particulier et exclusif avec le peuple d'Israël durant toute l'histoire du monde.

Troisième montée : Tout acte d'idolâtrie entraînera la malédiction détaillée dans la Sidra précédente.

Quatrième montée : Les bénédictions et les malédictions, les guerres, l'exil, aideront le peuple à retrouver le droit chemin. Au bout du compte aura lieu le grand retour du peuple vers Dieu et vers sa terre.

Cinquième montée : Ce retour, dans la mesure où il sera sincère et enthousiaste, sera accompagné des plus belles bénédictions.

Sixième montée : En fait, malgré l'impression de complexité et l'étendue des lois de la Torah, Dieu exige des choses très simples, concrètes et proches de l'homme.

Septième montée : En cas de rupture de l'alliance par le peuple, la terre d'Israël les rejettera tout le temps nécessaire qu'il faudra pour renouveler l'amour et le retour du peuple. L'alliance exige donc un choix permanent entre la bénédiction et la malédiction, entre la vie et la mort. Entre l'exil et le retour. Il faudra toujours choisir la vie.

Lectures de la Torah à Roch Hachana

Par Michel Bensoussan

  • Premier jour : (Berechit-chapitre 21- dans la Sidra Vayera), la lecture est divisée en cinq "montées".

Le "Yom Hazikaron"' – jour du souvenir – nous rappelons que Dieu s'est "souvenu" de la promesse faite à Sarah et lui donne un fils, Itzhak. Cet enfant vient après un long travail d'apprentissage de ses parents, Avraham et Sarah. C'est un enfant "miraculeux". Il n'aurait pas du naître puisque sa mère était stérile. Sa naissance et son existence ne vont pas de soi. Il ne pourra se contenter des lois naturelles. C'est en fait le premier enfant, qui doit être pour ses parents bien plus qu'un fils biologique. Il devra élaborer une nouvelle dimension de l'identité d'Israël, à la fois dans la continuité et à la fois en décalage par rapport à ce que ses parents ont initié. C'est donc aussi pour cela que le jour de Roch Hachana, anniversaire de la naissance du premier homme biblique Adam, nous lisons l'histoire de la naissance du premier "enfant" dans la lignée d'Israël.

Itzhak est circoncis à huit jours. Il grandit aux côtés de son demi-frère Ishmaël. Cette promiscuité ne plaît pas à sa mère Sarah, qui demande à Avraham de renvoyer Hagar et Ishmaël. Avraham obtempère. Un ange vient sauver et bénir Ishmaël.

Avimelekh est le roi philistin de la partie sud ouest de la terre de Canaan. Avraham conclut avec lui un pacte de non agression à Béer Sheva, où il habitera longtemps.

  • Le second jour (idem-chapitre 22). La lecture est aussi divisée en cinq "montées".

Nous lisons la suite de la lecture du premier jour, à savoir la ligature d'Isaac. Décidément, Isaac semble être vraiment "miraculé" puisqu'après avoir échappé à une "non naissance", le voici qu'il échappe à la mort ! La valeur de la vie humaine dépasse donc la simple biologie ! Cela oblige à découvrir des dimensions autres qui renvoient au divin.

Les rapports père-fils seront eux aussi bouleversés : le fils n'est pas la propriété de son père. Tout en le respectant, il devra développer sa propre vie, puisqu'il doit sa vie aussi à Dieu !  Avraham sacrifiera un bélier en lieu et place de son fils. C'est une des cornes de ce bélier qui permettra de sonner du chofar pour nous aider à continuer le travail enclenché par nos pères : spiritualité-transmission – et responsabilité personnelle.

KI TAVO

Ki Tavo :

Le peuple face à ses responsabilités

 

 PAR MICHEL BENSOUSSAN

Le livre de Devarim peut être partagé en trois parties distinctes : les trois premières Sidrot traitent de l'histoire dans le désert, les trois suivantes réglementent la vie en terre d'Israël. Notre Sidra commence la troisième et dernière partie : celle de l'alliance contractée au bord du Jourdain. Comme toute alliance, elle comprend  une affirmation identitaire, que l'agriculteur israélien devra renouveler chaque année et tous les trois ans. Elle comprend aussi "le prix à payer" en cas de dérogation à l'alliance entre Dieu et son peuple (les "malédictions"), et "les bénéfices" du respect de cette alliance ( les bénédictions").

Première montée : Une fois installés en Israël, et surtout après quelques générations, nous risquons d'oublier d’où nous venons, pourquoi nous sommes là, et surtout à qui nous devons rendre des comptes ! C'est pour cela que chaque agriculteur doit apporter au Temple les prémices de sa récolte. Puis il dira, à cette occasion devant le Cohen, un texte : le "Vidouy Bikourim", que nous lisons d'ailleurs le soir de Pessah dans la Haggadah. Ce texte rappelle justement notre histoire, notre géographie (!) et la raison de notre présence sur notre terre. C'est à cette condition que l'on pourra réellement jouir "des fruits" de la terre.

Deuxième montée : Un autre texte doit être lu par l'agriculteur, cette fois à Pessah, la quatrième année et la septième année de la Shemita. Ce texte déclare que toutes les dîmes dues au Cohen, au Levi et aux pauvres ont bien été données (ce texte est le "Vidouy Maasser").

Troisième montée : Moché entame la description de l'alliance contractée sur les versants du mont Moab, juste avant l'entrée en Israël : un véritable pacte est scellé entre le peuple d'Israël et Dieu.

Quatrième montée : L'alliance conclue oralement avec Moshé devra être célébrée, après sa mort, sur la terre d'Israël au cours de deux cérémonies. Une première partie sera mise en pratique juste après la traversée du Jourdain : il faudra inscrire les termes de l'alliance sur des pierres scellées sur le mont Eval, à côté de la ville de Shekhem. Ces pierres  serviront aussi d'autel.

Cinquième montée : La seconde partie pratique de l'alliance devra être réalisée par la déclaration des termes de l'alliance sur les deux montagnes entourant cette même ville de Shekhem : sur le mont Guerizim les bénédictions sont lues par six tribus d'Israël, et sur le mont Eval les malédictions sont lues par six autres tribus. Tout le peuple doit répondre "Amen" à chacune d'elles.

Sixième montée : En cas de respect de l'alliance, Israël aura droit aux plus belles récompenses. En revanche l'inverse aussi est annoncé ! La très longue lecture des "malédictions" fait "froid dans le dos" ! Étant donné leur violence et surtout le fait qu'elles se sont malheureusement maintes fois réalisés au cours de l'histoire juive !

Septième montée : Moshé rappelle enfin les miracles qui ont été prodigués au peuple depuis l’Égypte jusqu'à ce jour. Pourquoi justement sceller une alliance maintenant, après 40 années ? Parce qu'aujourd'hui seulement le peuple devient "majeur". Il peut à présent se passer des "miracles visibles". Il devra se servir dorénavant de ses yeux, de ses oreilles, de sa compréhension des événements pour deviner la présence de Dieu, qui continuera à le conduire, mais de  façon "moins visible" en terre d'Israël. Le but étant la prise de responsabilité du peuple face à son identité.

KI TETSE

UN RÉSUMÉ DE LA SIDRA : Ki Tétsé

PAR MICHEL BENSOUSSAN

Avec ses 74 Mitsvot, notre Sidra traite de situations concrètes très diverses. Puisque nous devons les "résumer", nous n’en relèverons que quelques-unes en les éclairant de façon  particulière.

Première montée : En sortant à la guerre, en étant prêts à offrir sa vie pour le peuple tout entier, l'homme atteint des sommets de sainteté puisqu'il accomplit ainsi la plus grande mitsva possible. Dans cet état exceptionnel, il pourrait voir une "âme pure" chez les ennemis pris comme butin. C'est alors une opportunité de faire entrer cette "âme pure" au sein du peuple d'Israël. Une série d'étapes de vérifications sont ensuite nécessaires pour confirmer la justesse de son diagnostic. Savoir identifier le bien à l'intérieur du mal et en profiter est donc réservé aux plus grands, qui osent "sortir" à la guerre de la vie.

On ne pourra accuser un enfant d'être "mal élevé" que dans le cas où ses parents sont irréprochables, chacun individuellement, et lorsqu'il règne entre eux, une harmonie parfaite ! Autant dire que jamais un "enfant rebelle" ne sera mis à mort, comme le décrit le texte !

Deuxième montée : Il est interdit de "faire semblant de n'avoir pas vu", par exemple un objet perdu ! Il est vrai que cela demandera d'entreprendre une longue procédure pour en retrouver le propriétaire. Mais mon devoir envers Dieu passe par ma  responsabilité envers autrui !

Troisième montée : Faire la paix dans le monde, chercher l'harmonie, peut parfois provoquer des catastrophes. Caïn et Abel auraient mieux fait de ne pas se rencontrer ce jour-là ! Il faut parfois laisser des mondes trop différents à l'écart l'un de l'autre ! Il sera donc interdit par exemple de tisser ensemble le lin et la laine, de croiser des animaux ou certains arbres. Le viol est comparé au meurtre et il est passible de mort.

Quatrième montée : En sortant à la guerre, il est impératif de respecter les lois de pureté. La victoire dépend beaucoup de l'intégrité morale et physique des combattants.

Il est interdit de prêter à intérêt. Le temps pendant lequel l'emprunteur utilise l'argent ne peut pas être lui-même source de profit. On a le droit de gagner de l'argent pour un travail effectué mais pas sur "le temps qui passe" !

Cinquième montée : Lorsque l'on passe dans le champ d'autrui, on a le droit de manger des fruits qui y poussent (la terre est à tous). Toutefois on n’a pas le droit de ramasser des fruits pour les emporter, car il faut d’autre part respecter la propriété privée et le fruit du labeur !

Sixième montée : Le hold-up, surtout s'il est aggravé par des sévices est passible de mort.

Un prêt pourra être garanti par un gage. Cependant, on ne pourra utiliser ce gage pour faire honte ou pour faire souffrir l'emprunteur. Par exemple, si un pauvre donne en gage son seul vêtement chaud, il lui sera rendu tous les soirs pour qu'il puisse se protéger du froid. Tout en respectant les lois de la propriété et du "capitalisme", le respect de la dignité humaine est toujours prépondérant.

Septième montée : Un salarié doit être payé tout de suite. Un jugement ne pourra être détourné, même en faveur d'un orphelin. Pourtant, il faudra être sensible à la douleur d'une veuve et ne pas l'oppresser financièrement ! Il faut donc toujours composer entre une stricte justice et le souci d'autrui !

En récoltant un champ, les épis "oubliés" seront laissés pour les pauvres. La bénédiction de Dieu, la richesse, dépendront de notre capacité à partager et à donner aux plus démunis. À propos d'épis "oubliés", il ne faudra pas oublier ce que nous a fait Amalek lors de la sortie d'Égypte !!

CHOFETIM

UN RESUME DE LA SIDRA : Choftim

PAR MICHEL BENSOUSSAN

Notre Sidra comporte 14 commandements positifs et 27 négatifs.

Le peuple entre sur sa terre et doit prendre la responsabilité concrète  de la vie sociale, politique, juridique et militaire.

PREMIERE MONTEE: Chaque tribu et chaque ville en Israël doit constituer un système judiciaire local efficace. Ce système est composé de tribunaux de qualité et de forces coercitives qui pourront faire appliquer les décisions de justice. Ces tribunaux ont même la prérogative de  mettre a mort, par exemple en cas d'idolâtrie. En cas de doute, un tribunal suprême, qui  siégera  a  cote du temple, pourra trancher. Ses décisions auront  force de loi.

DEUXIEME MONTEE. Dans la mesure où le peuple aura décidé d'instituer une monarchie, la thora limite les prérogatives du roi afin que son statu ne le détourne pas de Dieu.

Troisième montée: Dieu a choisi les cohanim de la tribu de Lévi pour le servir. Ils n'auront pas part au partage de la terre.

QUATRIEME MONTEE: Les Lévi aussi ont été choisi pour servir au temple. Ils jouiront des prérogatives qui leur sont dues.

La terre de Canaan est habitée par des peuples idolâtres. Il sera primordial de ne pas adopter les coutumes idolâtres locales.

CINQUIEME MONTEE : une de ses pratiques interdites est le recours aux sorciers et aux prédicateurs d'avenir. Les enfants d'Israël peuvent et doivent se soustraire à tout déterminisme astrologique. Ils doivent aussi rester très vigilants envers des prophéties qui inciteraient a l'idolâtrie. Même venant de prophètes confirmés!

Celui qui aura commis un meurtre par inadvertance, pourra se refugier dans des villes construites a cet effet. Ainsi, les proches parents du défunt ne pourront l'attendre et se venger. Par contre, ces villes ne pourront protéger des meurtriers intentionnels Ces derniers seront remis a la justice des proches parents.

SIXIEME MONTEE: la propriété privée doit être protégée par la loi.

Tout  jugement sera établi a l'aide de deux témoins au moins. Un faux témoin sera condamné à la peine qu'il voulait faire encourir.

En cas de guerre "facultative" (qui n'est ni une guerre défensive ni une guerre de la première conquête du pays), un Cohen, nommé a cet effet, devra choisir les soldats les plus aptes et leur remonter le moral.

SEPTIEME MONTEE : Avant d'entreprendre une guerre de ce genre, il faut toujours proposer, au préalable, la paix. Ca n'est qu'en cas de refus, que la guerre sera entreprise. Les femmes et les enfants seront épargnés .Par contre, en cas de guerre "obligatoire"(conquête de la terre de Canaan) personne ne sera épargné! Il ne faudra pas abattre les arbres fruitiers.

Si un cadavre est trouvé dans une zone inhabitée. Ce sont  les responsables de la ville la plus proche qui seront interpelés. Au cours d'une cérémonie très particulière, une génisse est  abattue et les notables réunis, déploreront le meurtre, en se sentant coupable de n'avoir pu l'empêcher ni d'avoir pu découvrir le coupable.

REEH

UN RÉSUMÉ DE LA SIDRA : Réé

PAR MICHEL BENSOUSSAN

Notre Sidra compte près de cinquante-cinq commandements. Pour certains, ce sont des compléments de lois déjà enseignées dans les quatre livres précédents de la Torah. Mais d'autres sont nouveaux. Ils concernent des sujets très divers comme : la centralité de Jérusalem (bien que non mentionnée !), l'idolâtrie, la Tsedaka, les fêtes, la cacherout, les faux prophètes, la trêve des dettes pendant la Shemita, les dîmes, et même la vérification des témoignages.

Première montée : "Réé" – Regarde ! Je te donne la bénédiction afin que tu puisses respecter les commandements de la Torah, ainsi que la malédiction dans le cas contraire. Moshé ordonne que ces bénédictions et ces malédictions soient récitées, après l'entrée en Canaan sur deux montagnes qui entourent la ville de S'hem : Guerizim et Eval.

Le premier objectif du peuple sera d'éliminer toute trace d'idolâtrie, quitte à anéantir tous les peuples idolâtres présents sur la terre. Pour la première fois, il est fait mention dans la Torah d'un lieu en Israël où le culte sera centralisé. Ce lieu n'est cependant pas nommé. Quatre cents ans plus tard, c'est le roi David qui le choisira. Ce sera Jérusalem.

Deuxième montée : C'est là que tous les sacrifices devront être apportés et que le peuple se réunira pour les fêtes. Cependant, toute personne désireuse de consommer de la viande pourra le faire en dehors du Temple (et cela est nouveau!). Dans ce cas, la bête devra être abattue selon des règles rituelles encore en vigueur aujourd'hui.

Troisième montée : La lutte contre l'idolâtrie va jusqu'à mettre en garde le peuple contre d'éventuels "faux prophètes". Même s'ils venaient à faire des prodiges, il ne faudra pas les suivre s'ils incitent à l'idolâtrie. Ils seront passibles de mort. De même, une ville (juive) dont la majorité des habitants s'adonne à l'idolâtrie sera détruite et ses habitants mis à mort.

Quatrième montée : Il est interdit d'entailler son corps (comme le font les idolâtres). Moshé rappelle la liste des animaux permis à la consommation.

Cinquième montée : Après avoir donné la Térouma (dîme) au Cohen, le dixième (Maasser) de la récolte sera donné au Levi. Ensuite, un autre dixième (Maasser Cheni) de la récolte, ou son équivalent en argent, sera consommé à Jérusalem.

Sixième montée : Tous les sept ans, la Chemita (année de jachère) dont nous savons déjà qu'elle interdit le travail de la terre et le commerce de ses fruits, concernera aussi et cela est nouveau, les transactions financières. Les prêts sont annulés tous les sept ans ! Cela ne devra pas empêcher la charité envers les plus démunis. Un esclave juif ne pourra se "vendre" au service d'un employeur plus de six années. S'il refuse l'état de liberté, son oreille (qui est censée avoir entendu l'ordre de liberté absolue au mont Sinaï) sera poinçonnée.

Septième montée : Tout premier né d'un animal pur doit être sacrifié au Temple. Les trois principales fêtes : Pessah, Chavouot et Souccot sont d'autres occasions de se rendre à Jérusalem et d'y apporter des sacrifices.